Un "Notre père" à soi

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"Notre père"

Qui es à l'intérieur de notre cœur,
Donne-nous la conscience du sacré.
Et que ce sacré s'étende plus loin
Que nous-mêmes
Et inonde le monde.
Que ton désir d'amour
Soit entendu, et se réalise.
Donne-nous ce dont nous avons besoin aujourd'hui
Pour grandir et avancer.
Pardonne-nous
Et aide-nous,
Nous qui essayons de pardonner
À qui nous a blessés.
Aide-nous à tendre vers notre meilleur,
Même dans l'insupportable et le doute.
Et inspire-nous le bien
Pour nous même et les autres
Dans cette vie et toujours.
Amen.



Groupe Transmission Belgique - 2012






Écrire un Notre Père à soi n'a rien d'évident. Il y a plusieurs raisons à cela : ce texte est sacré, je ne pourrai jamais, c'est trop immense, impossible de faire mieux que Jésus, je ne suis pas écrivain comme vous, je suis bien avec celui qui existe, etc. Ces freins, nous y avons tous touché à un moment ou l'autre.
Pourtant, la vraie difficulté ne réside-t-elle pas dans l'indicible de notre foi ?
Il y a une fragilité fondamentale en nous qui naît de la rencontre des contraires que sont notre espérance et notre doute. Pareils à des funambules, nous oscillons sans cesse de l'une à l'autre dans la recherche de la position définitive que nous ne trouvons jamais, sous peine de tomber. D'aucuns se trouvent plus habiles à ce jeu que d'autres, mais l'épreuve est néanmoins la même pour tous.
Un autre obstacle à franchir est celui de l'expression des sentiments que nous procure le contact avec le divin. Comment décrire les pas d'ouverture, d'accueil et de confiance que cela implique, avec des mots qui sonnent justes et dans lesquels nous nous reconnaissions pleinement ? Aucune rhétorique, aucun traité, ni rien d'argumenté ne se satisfont de telles exigences.
Seuls les symboles, les images, la musique et nos émotions peuvent exprimer par touches délicates et souvent éphémères ce qui nous habite au plus profond.

L'expression des différents "Notre Père" que vous allez lire reflète donc tout cela, pêle-mêle, comme chacun l'a pu, parfois même sans que le "Père" soit cité. Mais tous sont des prières au vrai sens du terme car ils contiennent ce que toute prière contient, quel que soit le socle de notre foi personnelle :
- la mise en présence du mystère de notre existence,
- l'interrogation auquel il nous éveille,
- l'espérance que son évocation suscite en nous,
- la prise de conscience de notre précarité et de nos limites,
- notre reconnaissance et notre émerveillement devant ses manifestations.

Ces compositions que nous avons voulues anonymes parce qu'il n'est d'aucune importance de savoir qui en sont les auteurs, nous nous les sommes lues en groupe dans un silence quasi religieux.
Chacun ressentait la fragilité de celle ou de celui qui se livrait. Il ne reste qu'à se taire quand on reçoit ce qui constitue le plus intime de l'autre. Nul besoin d'en débattre. Simplement laisser descendre en soi ce que nous avons entendu, autant pour s'en laisser pénétrer que par respect vis-à-vis de l'émotion de celui ou celle qui se livrait. Moments d'une intensité surprenante et bienfaisante à la fois. Moments propres aussi à sceller une proximité particulière entre ceux qui s'écoutent vraiment.
Ce qui est également remarquable, en dehors du bienfait personnel retiré par chacun, c'est d'observer la diversité des "foi" qui s'expriment. Que de chemins différents et néanmoins tendus vers le même but. Que de variantes d'états et de visions. Que de liberté aussi, prise sur l'acquit que l'on pensait immuable, voire intouchable. Tout cela renvoyé comme en écho à ce que disait Louis Évely sur la nécessité de laisser se développer notre foi personnelle, lors une session en Suisse, dans les années 1960 :

"Ma foi est toujours en évolution. Elle est vivante, figurez-vous. Il n'y a aucun objet de foi qui soit digne d'une foi totale. "Mais, Dieu", me direz-vous ? Justement, vous ne l'atteignez jamais ! Vous ne l'atteignez jamais qu'à travers votre subjectivité et celle des autres. Il n'y a que vous pour croire ce que vous croyez. C'est vous qui avez choisi votre foi. Elle n'a pas plus de valeur que vous-mêmes et cette valeur, il n'y a que vous pour l'améliorer. [Et] il est grandement souhaitable d'améliorer cette valeur.
"Ma foi n'a pas plus de valeur que moi-même ? Je me dis : moi, ma foi, je croyais qu'elle était sacrée, révélée, infaillible, dictée par Dieu sur le mont Sinaï ?"
Non ! Ta foi c'est ce que tu as perçu de tout cela et ce que tu contrôles sur ton impression intérieure. Seulement, si pauvre te semble-t-elle aujourd'hui, celle-là tu peux l'améliorer constamment, la vivifier, l'instruire, la réfléchir et la purifier constamment.
Moi je vous dis :
la vérité est en vous. Il n'y a que vous pour la reconnaitre. Personne ne peut vous la donner du dehors. Retroussez vos manches. C'est à vous à la vérifier. Do it yourself !"

Ne pensez-vous pas qu'en rédigeant nos "Notre Père" nous nous sommes inscrits dans la droite ligne de cette exhortation visionnaire et combien vigoureuse de Louis, déjà ancienne de 50 ans ?
Le chemin est long de la goutte de pluie à la nappe phréatique?
C'est précisément ce qui la rend pure et cristalline au jaillissement de la source !


Philippe Ronsse
dans le Bulletin de Transmission de juin 2012