: LOUIS EVELY : Le vrai temple de Dieu c'est l'homme














                  "Le vrai temple de Dieu c'est l'Homme"  

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dit-il ?
: Louis Évely
aujourd'hui
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Témoignages




: L'association
Transmission

 
Le bulletin de l'association


les amis de Louis Évely
en Belgique
en France
en Suisse
et partout dans le monde


Depuis sa création, Transmission distribue à ses adhérents un bulletin périodique dont le but est de relater les activités de l'association, mais aussi de favoriser le partage des idées et des opinions.
Nous publions ici des extraits des numéros les plus récents.
:   Vie et activités des groupes locaux
:   Le bulletin de l'association
:   Publications et site internet
:   Débats et échanges
:   Participez !
:   Transmission, les amis de Louis Évely
Des expériences qui de l’intime vont vers l’universalité
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°13 (septembre 2014) ...
 



Louis EVELY à travers ses livres, ses conférences, sa présence forte pour ceux et celles qui l’ont rencontrés nous a introduit plus que d’autres en son temps, dans une vie intérieure intense, nous permettant de passer d’une « religiosité » à une spiritualité qui, tout en nous ouvrant aux autres, à Dieu, nous ouvre les chemins pour aller au fond de nous-même et à notre propre découverte pour mieux expérimenter l’humain et le divin.
Transmission est une association spirituelle. Elle accompagne à travers ses groupes, ce présent bulletin, ses membres dans leur spiritualité, en respectant nos différences, notre diversité, nos approches issues de tant de traditions plurielles. Ce respect est indispensable pour permettre à chacune et à chacun de progresser dans sa vie intérieure.
Accompagner c’est écouter, c’est comprendre. Accompagner c’est proposer différentes lectures, des points de vue, susciter des témoignages, c’est exposer des expériences qui de l’intime vont vers l’universalité. C’est donner la parole pour que chacun puisse exprimer ses doutes, ses inquiétudes, ses incertitudes. Pour, comme le dit Philippe dans l’éditorial, que nous sachions nous nourrir et nous recevoir mutuellement.
Dans ce numéro vous lirez de nombreuses approches, des récits d’expériences. Chacune et chacun se livre en toute simplicité, du fond de son cœur, du remous de son âme. Cela nous est nécessaire, indispensable pour nourrir notre vie intérieure. Nous avons besoin de nos semblables, comme nous le dit Raymonde.
Mais notre association n’est pas la seule sur ce chemin. J’ai voulu que nous publiions un article paru dans Libre Pensée Chrétienne : l’éloge de l’incertitude. Cette revue belge est proche de notre démarche et à mon sens de la pensée de Louis EVELY. Ce texte sur l’incertitude nous appelle à avoir le courage de nos incertitudes, d’aller à l’apaisement des querelles religieuses et de susciter le vrai lieu de rencontres des esprits.
Nous avons eu aussi à l’Aube une rencontre entre les amis de Marcel LEGAUT et ceux de Louis EVELY. Les deux associations aboutissent à la même pratique : susciter la liberté de penser et de construire ensemble des lieux de rencontres et de paroles où chacune et chacun peut se construire et cheminer. Nous ne remercierons jamais assez Mary EVELY d’avoir voulu à tout prix cette rencontre. Elle a été riche de connaissances de ces deux hommes exceptionnels sur notre route.
 



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En écho, le silence
 



   Éloge de l’incertitude (Joseph PIEGAY)


... extrait du Bulletin n°13 (septembre 2014) ...
 



Dieu, son absence constatée, est la seule réponse à nos questions et à nos prières. Quoi qu’on pense de sa réalité et des hypothèses sur lui, on ne peut exclure à priori son existence. Mais tout en respectant la foi des croyants, il me semble qu’il convient aussi de respecter l’infinie discrétion évidente de celui qu’on appelle Dieu, au point que personne ne peut dire qu’il le connaît et s’il existe. Il est discret avec nous, soyons discrets à propos de lui, ce qu’on n’a guère été aux cours des âges. On le fait beaucoup parler encore à notre époque, on croirait qu’il a beaucoup de confidents.
[…] Cependant, à part quelques-uns abusés par leurs sens ou leurs impressions, à la plupart des personnes aucun Dieu ne parle, plus silencieux encore que la brise légère évoquée par la Bible dans un très beau texte. Le silence de Dieu convient bien à cette croyance obstinée, tranquille et pas sûre d’elle de la masse des humains, un peu partout dans le monde.
On a décelé avant même ce vingt et unième siècle comme une pensée diffuse qui voulait dire : Laissez Dieu tranquille et laissez-nous tranquilles avec ce mélange religieux que vous agitez depuis si longtemps. Désormais il va être nécessaire, me semble-t-il, d’avoir le courage de ses incertitudes et de quitter le jargon du prêt-à-porter des religions qu’on fait encore semblant de respecter. Faisons, pour un temps au moins, une sorte de trêve à propos de Dieu, parlons-en moins facilement.
Si quelque Dieu existe, quel qu’il soit et de quelque façon, il ne saurait dans son silence s’offusquer de notre réserve à son égard.
Extraits de "Éloge de l’incertitude", Éd. Les Presses du midi 2de édition juillet 2013 – 10€
Joseph PIEGAY, 28 avenue du Clos, F-06270 VILLENEUVE-LOUBET, FRANCE
 



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Ma disponibilité fondamentale à l’accueil
 



   Accueil, échange et transmission (Raymonde Rappart)


... extrait du Bulletin n°13 (septembre 2014) ...
 



Par l’accueil et l’échange la transmission « OPERE ». Elle fait son travail.
ACCUEILLIR. Il me faut d’abord m’ouvrir, me laisser pénétrer par le message. Accepter de ressentir sans me défendre aussitôt ; laisser la moisson de nouveau se faire en moi.
L’ancien est rassurant, le nouveau est toujours menaçant, il bouscule ma tranquillité, mes habitudes, mes certitudes et tout ce qui me conditionne.
La transmission ne peut se faire que si j’ouvre les portes, si je me laisse ébranler par l’inconnu. Celui-ci est toujours une menace et pourtant c’est le seul moyen de connaître. De naître à autre chose qui ne m’est pas étranger, en réalité, mais qui m’est occulté, caché.
L’échange devient le véhicule entre le MOI et le non MOI. C’est-à-dire entre ce que j’ai construit et ce qui sommeille au fond de moi, entre ce que j’ai construit et tout le potentiel qui repose au fond de moi, CE NON MOI, le DIVIN. C’est lui que je m’autorise à accueillir si j’y suis invité par mon semblable.
L’échange, c’est le risque, c’est sortir des sentiers balisés de mon « être au monde » pour me hasarder à entrer dans les zones obscures de moi-même.
Pourquoi « obscures » parce que vivre m’oblige à m’adapter aux réalités de la vie quotidienne. Elles me conditionnent, me façonnent mais ne me résument pas, ne me définissent pas. Mon être prend ses racines ailleurs. Je le sais profondément mais en cours de route, les paysages traversés me fascinent et m’emprisonnent. Les paysages, c’est l’urgence de répondre à la vie matérielle, au quotidien, au conditionné.
L’échange, lui, me fait tout à coup découvrir, me révèle l’autre dans sa singularité autant que dans sa parenté avec moi. L’autre crée une brèche là où « peut-être » je m’étais barricadé par nécessité vitale. Ce « peut-être », je ne peux le savoir que si je me laisse toucher, me laisse vibrer à une dimension inconnue de moi-même. Cela me demande beaucoup de confiance. Mais grâce à cette confiance que j’accorde au message de l’autre, « peut-être » puis-je m’accorder à moi la même confiance. M’accorder le pouvoir d’aller explorer en moi ce que je ne connaissais pas encore. Ce que le bouddhisme appellera « l’inter-être ». C’est peut-être cela, me reconnaitre, me découvrir moi à travers mon semblable et, au-delà de lui, à ce qui nous est commun, qui nous origine de manière semblable.
Ma quête restera toujours personnelle, individuelle mais elle sera vivifiée par l’accueil que j’offre à mon semblable, aussi étranger qu’il puisse me paraître. Cela demande un abandon profond à mon être essentiel, à la réalité profonde du Divin qui nous habite.
C’est ma disponibilité fondamentale à l’accueil qui fonde la Transmission, à notre niveau humain d’abord, au niveau de la transcendance ensuite, là où la communauté, l’humain et le Divin se rejoignent.
 



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Dépasser nos certitudes et nos routes balisées
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°12 (janvier 2014) ...
 



Dans sa dernière livraison, le journal Libre pensée chrétienne présente Louis Évely et son livre : Échec et espoir d’un christianisme, aidé en cela par notre ami et adhérent Philippe Ronsse. Édouard Mairiot, présentateur du livre de Louis Évely, écrit : "Je suis frappé par sa lucidité et son actualité. Au cours de la lecture, j’en ai compris la profonde cohérence et la force de l’ensemble. Il n’est aucun thème essentiel qui ne soit abordé. Mais on découvre avec surprise que leur approche et le contenu de la réponse reste de pleine actualité, 37 ans plus tard. Oui, cet homme avait effectué sa propre révolution intérieure et culturelle bien avant nous. Il fut un prophète bien en avance sur son temps."
Oui, Louis nous invite tout au long de ses livres à une révolution intérieure et culturelle. Notre chemin spirituel a trop souvent été formaté avec une destination finale largement identifiée sans nous laisser le choix. Louis nous invite à dépasser nos certitudes et nos routes balisées pour prendre des chemins certes incertains mais dans la liberté. Prendre le chemin sans objectif ce n’est pas tout donner à la gloire du chemin, comme certains le pensent. Non, c’est donner du sens à notre chemin spirituel. "Il nous faut tracer notre propre route et avoir le courage de nos incertitudes", nous invite Herman Van Den Meersschaut dans l’édito de Libre pensée chrétienne.
Ailleurs, dans ce même numéro de Libre pensée chrétienne, Joseph Piegay nous fait l’éloge de l’incertitude. "L’incertitude ou l’apaisement doctrinal est le seul chemin où l’on puisse se croiser sans se détruire dans un affrontement." N’est-ce pas tout le défi que nous nous sommes lancés dans nos groupes Transmission ?
Enfin, je terminerai par une citation de Louis à propos de Noël, dans son livre : Méditations d’Évangiles que nous venons de rééditer sur l’initiative de Michel Barlow :
"La plus belle définition du chrétien, c’est qu’il n’est pas nécessairement un être vertueux, intelligent, instruit, doué ; il est un être habité ; il consulte en soi un Autre, il est disponible à une inspiration, il vit d’un amour qui le dépasse en le traversant. Et parce qu’il reçoit gratuitement, il sait donner sans humilier et rayonner sans s’épuiser. Il vit une vie pleinement divine et pleinement humaine. Il vit Noël."
Louis nous invite encore une fois à vivre pleinement notre spiritualité en pleine humanité.
 



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Louis Évely notre ami
 



   Pour résumer sa pensée en cinq mots (Michel Barlow)


... extrait du Bulletin n°12 (janvier 2014) ...
 



Le message de Louis peut se résumer en cinq mots :
1. Louis est un pédagogue de la vie spirituelle. Ses idées religieuses reposent dès l'adolescence sur son expérience personnelle forte de la rencontre de Dieu – mais il y a une théologie très structurée sous-jacente à ses propos.
2. Il a un ton inimitable. Son métier de professeur et d'éducateur au collège l'a aidé à formuler sa foi de façon percutante. Son propos contrastait avec la "guimauve" des écrits religieux de son l'époque et répondait à une attente, ce qui explique ses succès de librairie.
3. Sa spiritualité centrée sur le Christ et qui appelle à des comportements concrets s'enracine dans une tradition spirituelle (Charles de Foucauld, l'Action catholique, les recherches en christologie et le renouveau biblique), mais dans sa bouche ou sous sa plume, elle renaît !
4. Il propose une lecture existentielle de l'Évangile. Ses lecteurs ne peuvent manquer de se demander : "Qu'est-ce que l'Évangile me dit personnellement et qu'est-ce qu’il va changer dans
ma vie ?" L'essentiel de l'Évangile est dans cet appel, et non dans son aspect merveilleux (la naissance virginale du Christ, les miracles). "L'Évangile sans mythe" n'est pas d'abord pour lui une théorie sur le texte biblique, mais une lecture spirituelle et existentielle de la Parole de Dieu.
5. Il peut être considéré comme un précurseur du Concile Vatican II. Son type de lecture de l'Évangile rejoint la "constitution conciliaire" sur la Révélation (Dei Verbum), et ses vues sur l’Église les deux constitutions consacrées à ce thème (Lumen gentium, Gaudium et spes).
On peut dire "symétriquement" que le message de Louis libère le christianisme de cinq "démons" toujours renaissants :
- La peur de Dieu : pendant la jeunesse de Louis Évely, le néo-jansénisme triomphant répandait l’image d'un Dieu justicier terrible – Louis présente Dieu comme un père plein de tendresse.
- À l’opposé du catholicisme de son temps avec son obsession de la mort et du "Jugement dernier", Louis, en bon disciple de saint Jean, montre que la vie éternelle est déjà là.
- Alors que le néo-jansénisme recommande la haine de soi et du monde et un rigorisme moral étouffant, Louis propose une morale ouverte, heureuse, évangélique avec la nécessité de s'aimer soi-même.
- À l’opposé d’une conception magique et païenne de ce qu’on doit faire pour Dieu (actes de piété ou de bienfaisance), Louis invite à percevoir tout ce que Dieu fait pour nous et à nous en émerveiller.
- Louis ne refuse pas moins énergiquement une Église cléricale et autoritaire ; son choix de la liberté évangélique n’a pas été sans conséquence sur sa propre vie.
 



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À quel Dieu croyons-nous ?
 



   Un inédit de Louis Évely


... extrait du Bulletin n°12 (janvier 2014) ...
 



Nous connaissons notre "géographie intérieure" : nous savons où les choses nous atteignent, si c'est en surface ou en profondeur. Nous sommes capables de dire si une œuvre et belle ou simplement jolie ou laide; si une musique est légère ou grave; si une relation nous amuse ou nous engage. Et nous reconnaissons la valeur d'un amour, d'une œuvre d'art ou d'une prière d'après la zone de nous-mêmes où ils nous introduisent.
Or, il est un lieu en nous où, quand une impression nous atteint, nous disons : Dieu est là, cela vient de Dieu, Dieu seul peut nous atteindre à cette profondeur, personne ne m'a jamais parlé, guéri, pardonné, transformé comme cet homme à travers qui il me parte. Cette zone, nous l'ignorions auparavant : Dieu dévoile en nous le lieu où il se manifeste et nous ne connaissions pas cette dimension intérieure avant qu'il s'y manifeste.
Ainsi, la foi est une certaine perception de Dieu, une expérience que rien ne peut suppléer, et sûrement pas l'obéissance à une autorité ou l'acceptation d'un témoignage humain. La foi en Dieu est bien distincte de la foi en ceux qui nous ont parlé de lui. "Il y a quelque chose de pire que l'incrédulité, dit Roland de Pury, c’est la foi de ceux à qui Dieu n'a jamais parlé." Mais "celui qui est de Dieu entend la parole de Dieu." (Jean 8, 47). Les brebis reconnaissent la voix du berger et le suivent. "Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit, disent les Samaritains à une femme qui a rencontré Jésus, nous l'avons entendu par nous-mêmes et nous savons qu'il est le sauveur du monde."
La foi a donc une base solide : l'expérience. Mais pas n'importe laquelle : une expérience qu'on laisse pénétrer jusqu'au fond de soi et qui porte avec elle sa clarté, son évidence.
Chez saint Jean, la foi est précisément une lumière, une connaissance. On peut savoir et croire, il n'y a aucune contradiction entre ces termes : "À cause de ce que je connais de toi, peut-on dire à Dieu, je te fais confiance pour ce que je ne connais pas encore ; tu m'as donné assez de lumière pour porter mes obscurités."
Il serait malhonnête de croire sans savoir. Thomas est blâmé parce qu'il avait assez connu Jésus pour lui faire confiance sans exiger des vérifications supplémentaires.
Tout est signe pour l'âme éveillée. Jean commence à croire à la Résurrection en voyant les linges pliés dans le tombeau de Jésus (Jean 20, 7). Mais les plus grands prodiges ne font qu'endurcir les gens positifs qui refusent d'écouter leurs ressentis au dedans.
Il y a en chacun un dynamisme qui nous travaille qui nous invite sans cesse à recommencer à croire, à espérer, à aimer, à guérir les malades, à multiplier les pains ; à soulever les montagnes, à ressusciter les mort et à éveiller les vivants. Tous nous l'avons expérimenté assez pour y croire ... et assez pour pouvoir toujours
en douter.
 



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Quand je dis "Dieu" ...
 



   Un commentaire de Mary Evely


... extrait du Bulletin n°10 (septembre 2013) ...
 



Louis disait que « le mot Dieu n’aurait comme contenu que l’expérience que chacun de nous fait, en lui, à sa rencontre. »

Qu’elle est donc pour moi cette expérience ?

C’est, une fois encore, Louis qui nous en donne une définition à laquelle je souscris :

« Je crois, parce que j’ai choisi d’adhérer à un dynamisme que je sens en moi plus vivant que moi, et

qui me relance sans cesse à aimer, à espérer, à entreprendre, malgré mes erreurs, mes échecs, mes
peurs, et mes fautes. Il me fait dépasser mes souffrances, et même la peur de la mort. »

C’est personnellement à ce Dieu-là que d’adhère car je suis résolument athée du Dieu enseigné dans mon enfance, ce Dieu qui récompensait les bons et punissait les méchants ; en quoi était-il donc différent des hommes ? Jésus, lui aussi, était athée de tous les faux dieux qu’on lui avait enseignés…et on sait où cela l’a

mené !

« C’est à la profondeur où chacun de nous voit s’ouvrir une dimension infinie, que s’établit une
communion au-delà de toute différence. »

« Ce que j’ai compris de Jésus : on ne rencontre Dieu que dans l’homme. Aussi, plus nous serons
centrés dans notre humanité et aurons reconnu et suscité celle des autres, plus nous pénétrerons
dans la sphère divine. »

Pour rencontrer Dieu, il nous faut donc explorer toute la dimension de l’homme, en qui, dit saint Paul, « réside corporellement la plénitude de la divinité ».

Cette vision des choses va loin, si je crois que c’est jusque dans mon corps, et à travers ses sensations, que Dieu s’exprime. D’où l’importance de le respecter, afin de l’entendre nous parler juste, à travers ce dynamisme qui nous inspire.

Et que signifie cette promesse de résurrection de la chair, si ce n’est que ce dynamisme (qui est en quelque sorte, l’expérience de l’Amour) ne peut mourir. N’est-ce pas que cette expérience se perpétuera sous une forme incorruptible ? Laquelle ? Nous l’apprendrons plus tard. Mais, en attendant, respectons notre corps, de même que celui des autres, ils n’ont pas fini de nous interpeller !
 



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Un entretien avec Henri Bouyol
 



   Par les membres du groupe Transmission de Piegros La Clastre


... extrait du Bulletin n°10 (septembre 2013) ...
 



Pourquoi as-tu accepté la proposition d’être président de Transmission ?

Je suis très attaché à Louis Évely. Quand je l’ai lu la première fois, je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans. Tout de suite, "Notre Père" et "C’est toi, cet home" m’ont parlé, touché, bousculé. Une vraie alchimie entre sa lecture et ma foi en formation !Louis m’a ouvert à une certaine spiritualité.

C'est-à-dire ?

J’ai été initié à la foi en Dieu par des prêtres très attachés à Jésus de Nazareth et très préoccupés par l’engagement auprès des pauvres, où l’Autre avait une place importante.

D’où mon engagement dans les « Cœurs Vaillants », dans la JOC (Jeunesse ouvrière Chrétienne ). Puis, plus tard, dans des associations, dans le syndicalisme, dans la politique.

Comme beaucoup de chrétiens à l’époque, dans les années 1950 à 1970.

La lecture de Louis m’a aidé à vivre une vie intérieure en complémentarité avec mon action.

As-tu rencontré Louis Évely ?

Deux ou trois fois. Nous avions créé des « communautés de base » autour d’Avignon. Il en existait deux ou trois. Nous avions fait venir Louis Évely pour des conférences. C’est là que je l’ai vu avec Mary pour la première fois. Je l’ai vu par la suite aux rencontres nationales du mouvement « Chrétiens critiques », mouvement composé des communautés de base, de prêtres, mariés ou pas, où nous tentions de formuler

une nouvelle intelligence de la foi et de nouvelles pratiques communautaires.

D’où ton engagement aujourd’hui dans Transmission ?

Oui, c’est une sorte d’évolution de la vie !Une suite logique !Même si, pendant longtemps, je me suis éloigné de l’Église catholique, de la foi, d’une recherche intérieure, du fait qu’il me fallait trouver ma voie professionnelle ; et mes engagements par ailleurs prenaient tout mon temps. La lecture assidue de Louis pendant les vacances restait mon seul lien avec la foi de ma jeunesse. Dans Transmission, je trouve un lieu d’écoute, de parole, de rencontre avec d’autres qui croient en Jésus. Même si j’ai d’autres lieux spirituels, celui-ci me paraît essentiel et important.

Justement, tu te présentes souvent comme un lecteur assidu de Louis Évely, qu’est ce que cela veut dire ? Et en quoi sa lecture change-t-elle quelque chose dans ta vie ?

Ce que je veux dire en premier, c’est que je ne suis pas un spécialiste de Louis, même si souvent Mary dit en riant, que je peux indiquer de mémoire le livre et la page de telle citation de Louis.

Non, j’en suis un lecteur assidu, c'est-à-dire que le lis, relis, note, m’imprègne de ses écrits, de sa parole parce qu’il me parle au cœur, aux tripes, aux valeurs humanistes auxquelles je crois, il me parle surtout de Jésus. Je suis un lecteur assidu de Louis, parce que, à chaque fois, la lecture est différente, en fonction de mon évolution, de ce que je suis en train de lire. Je n’adhère pas à la question :

« Les livres de Louis sont-ils encore d’actualité ? » Je pense qu’il n’y a que l’actualité intérieure de chaque lectrice, de chaque lecteur qui peut correspondre à la lecture de tel ou tel livre de Louis.

Cela change quelque chose dans ma vie intérieure. Très certainement. La vie intérieure a besoin d’être nourrie de lectures : l’écriture de l’autre. Car la vie intérieure n’est pas un repli sur soi, mais une ouverture à

l’autre, aux autres, à l’Esprit, et donc à soi…

Du coup cela me permet aussi de nourrir ma vie active, mes relations avec les autres. Dans un esprit de liberté. La Liberté est une notion absolument essentielle pour Louis.

Comment vois-tu l’évolution de l’association Transmission ?

Il faut faire confiance ! Quand nous avons créé Transmission, rien ne prévoyait que nous aurions quatre groupes qui se réunissent souvent, un bulletin de plus en plus riche, un site internet , de nouveaux livres de Louis grâce à Mary Évely et Michel Barlow, des réunions plus élargies à Genève, à Lyon et, bien sûr, à

« l’Aube ».

Nous devons continuer modestement à nous réunir, dans le respect de chacune et de chacun, le respect de leurs convictions, de leurs doutes, de leurs questionnements. Je le dis souvent : notre association accompagne chacun dans son cheminement. Louis disait que l’avenir de la parole de Jésus était des petites communautés, des petits groupes. Transmission est un des ces petits groupes. Il en existe ailleurs autour de Témoignage chrétien, de la Libre pensée chrétienne, des Réseaux des Parvis… C’est pourquoi j’ai souhaité en parler dans ce bulletin.

Finalement, en quoi crois-tu ?

Les paroles de Jésus de Nazareth me parlent et me paraissent importantes dans ce monde brutal et violent.

Louis Évely fait une approche de Dieu qui me convient…. J’ai une approche plus humaniste de la foi : « Dieu n’est pas l’objet de ton amour, il en est le moteur. On ne ramène pas l’eau à sa source !», nous dit Louis. Remettre l’Humain au cœur de notre foi, de notre vie intérieure me paraît essentiel pour avoir une approche ouverte, tolérante et laisser l’autre, les autres dans une liberté totale par rapport à son évolution intérieure, à ce qu’il veut croire !

C’est ce qui anime ta fonction de président ?

Oui, en effet. Nous devons rester fidèles à Louis dans le respect de chacune et chacun. « Seule l’invention est fidèle », dit Louis. Nous ne devons pas avoir peur d’innover, de chercher des nouvelles expressions,

Par exemple, ces nouveaux « Notre père » que nous ont proposé les groupes de Genève et de Belgique.

Ma fonction de président c’est d’accompagner ce mouvement, de faciliter l’expression de chacune, de chacun. C’est en ce sens que nous sommes une association spirituelle.
 



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L'esprit et le corps
 



   Un inédit de Louis Evely


... extrait du Bulletin n°10 (septembre 2013) ...
 



Notre vieille définition de l’homme « composé d’un corps mortel uni à une âme immortelle » a été bouleversée par les découvertes de la relation intime qui existe entre ces deux réalités. Rien ne se passé dans l’esprit sans modification dans le corps, et inversement. Le corps est « un ».

Mais avec le même simplisme avec lequel on s’était imaginé âme et corps comme deux êtres juxtaposés, on les a déclarés identiques, c’est le matérialisme. Or aujourd’hui, l’effort des matérialistes pour réduire l’âme à nos activités physiologiques et faire de la pensée un épiphénomène, cet effort a été subverti à son tour par les progrès de la science qui a dématérialisé la matière en « énergie » : « La matière est une forme de l’énergie….une condensation d’énergie. « (Kastler ) et l’a dotée des caractères attribués jadis à l’esprit.

On définissait en effet la matière comme ce qui est à un endroit, à un moment, et l’esprit comme ce qui est indépendant de l’espace et du temps. Or les physiciens ne peuvent plus déterminer la place des électrons à un moment donné du temps, et beaucoup sont ceux qui pensent que cette indétermination ne sera pas résolue par un progrès scientifique mais qu’elle traduit l’état même de la matière.

On est donc revenu à considérer l’homme comme une unité, certes, mais constituée par deux pôles : esprit et matière, dont les uns privilégient le premier, les autres le second, mais qui sont fait pour collaborer. La bonne harmonie profite aussi bien à l’un qu’à l’autre. L’unité de l’homme affirmée par les matérialistes, est devenue ainsi plus nuancée.

Si la matière est de l’énergie détendue, elle diffère de l’esprit qui serait l’énergie à son maximum de tension.

Mais cette différence d’intensité ne devient-elle pas, passé un certain seuil, une différence de qualité, de nature ?

Des physiciens comme Charon (L’esprit cet inconnu Ŕ Mort voici ta défaite) adoptent l’hypothèse de Th. de Chardin et disent que la nature, même dans ses formes les plus élémentaires, a un « dedans » et un « dehors », et ce « dedans » est une certaine connaissance, une tendance, une ébauche de psychisme. Dès le début de l’évolution, il y aurait une sorte de lutte entre l’ « esprit » aux prises avec la matière brute et travaillant à s’exprimer à travers elle, à se construire un organisme plus docile à son influence.

La parapsychologie va plus loin encore et nous assure que l’homme n’a pas qu’un corps (cet organisme qui deviendra le cadavre) mais plusieurs.

La corps visible est doublé d’un « champ vital », d’une « aura » ou « corps astral » que l’on peut photographier, qui étend notre action bien au-delà de nos limites apparentes (télépathie, télékinésie) qui pourrait même se séparer du corps vivant (décorporation momentanée comme le décrit R. Moody dans ses livres : La vie après la vie et Survivre à sa mort).

Ce double du corps est-il spirituel ou encore matériel, on est fort embarrassé pour le dire depuis que l’on ne sait plus si la matière est un corpuscule, une onde ou une énergie. Ce que nous prenons pour de la matière solide, compacte, immobile, est un ensemble de corpuscules et d’ondes en mouvement vertigineux et qui laissent entre eux, des espaces proportionnellement aussi grands que ceux qui les séparent des étoiles.

J’incline à croire que la matière devrait être définie :ce qui fait communiquer entre elles les consciences, et qui en est donc inséparable.

C’est la conception de saint. Thomas d’Aquin. Pour lui, l’âme n’est pas un ange qui serait venu habiter une chair. Il ne veut même pas parler de l’ « union du corps et de l’âme », mais de leur unité, car l’union supposerait deux éléments séparés au préalable, et donc, deux êtres distincts. Or, il n’y a qu’un être, l’homme, corps animé, âme incarnée. Une âme séparée ne serait plus un homme, elle aurait subi un changement substantiel, elle serait privée de toute fonction, elle ne saurait même pas qu’elle existe.(« Exister, c’est sentir son corps.») ; elle aurait perdu la mémoire. (C’était semble-t-il la pensée des premiers chrétiens qui pensaient que leurs morts « dormaient en attendant la résurrection des corps.)

Le christianisme a eu le génie de professer la résurrection des corps comme une vérité essentielle. Mais les théologiens se sont mis dans une situation impossible en retardant, pour des raisons très faibles, le moment de cette résurrection jusqu’au Jugement dernier !Que se passe-t-il entre-temps ?

Récemment, plusieurs auteurs ont osé enfin affirmer que la résurrection des corps a lieu immédiatement au

moment de la mort. Il serait plus exact de dire, dans ce cas, qu’il ne s’agit ni de mort, ni de résurrection, mais seulement de l’émigration du « double » (d’une décorporation définitive), ou d’une parcelle infime de matière, ou encore de la création instantanée d’un nouveau corps.

N’oublions pas que notre corps a changé plusieurs fois de composants au cours de notre existence. Au fond, toute matière peut devenir notre corps si nouus sommes capables de l’assimiler et de nous en servir.

Dans ces conditions, le vrai vocabulaire de la survie ne serait pas celui de la « résurrection », mais de la « vie éternelle ». Car le mot « résurrection des corps » insinue la résurrection de cadavres. Imagination bizarre d’un Dieu qui nous laisse mourir et pourrir, et puis d’un coup de baguette magique nous ressuscite un corps, trois jours ou des siècles plus tard, alors que l’on s’en est bien passé entre-temps.

La vraie Bonne Nouvelle évangélique est que Dieu régénère l’homme tout entier, et tout de suite. Jésus nous révèle une vie qui ne verra jamais la mort. (Jean 6,51 ; 11,28, etc.) Une vie de foi immédiatement éternelle. Nous la commençons donc tout de suite ou jamais. Dieu est Amour, et ceux qui aiment vraiment, participent à sa vie, et à son éternité.

Et le Jugement dernier ?

Il faudrait le concevoir comme la « manifestation » de la totalité de « jugements particuliers », la fête de la réunion définitive de tous ceux qui auront jugé eux-mêmes, leur vie assez bonne pour désirer l’éterniser. Et les damnés, s’il en existe, ce ne sont pas ceux qui auraient été jugés « indignes », mais ceux dont le désir profond de se détruire, aurait finalement été efficace !Reste une question parmi tant d’autres : l’énergie à

son maximum de tension est-elle ce que nous appelons l’esprit, l’âme, la conscience ou bien est-elle encore une matière infiniment subtile sur laquelle l’esprit agit ?
 



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Nos groupes sont des lieux où l’on écoute, où l’on parle, où l’on partage
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°9 (janvier 2013) ...
 



Notre association Transmission devient un lieu d’ancrage spirituel où tout le monde peut s’exprimer sans être jugé. Nos groupes sont des lieux où l’on écoute, où l’on parle, où l’on partage. Des lieux pluriels, et non des collectifs à voix unique. Car un rassemblement spirituel, pour moi, doit respecter la pluralité des convictions, des sensibilités, et la foi de chacun.

Roger Parmentier nous a interpellé, cet été à L’Aube : "Qui et quoi écoute-t-on ?" Bien sûr, Roger pensait à la parole de Jésus. Mais pour moi, l’écoute, c’était avant tout la parole de chacune et de chacun. Les chrétiens ont tellement été privés de parole ! Ensuite, je pense que les textes que nous écoutons ou sur lesquels nous débattons sont pluriels : bien sûr, pour notre association, l’Évangile, les textes de Louis Évely ; mais aussi des textes contemporains où des personnalités fortes de la vie spirituelle ont des choses à nous dire. C’est ce que nous avons expérimenté, cet été lors de notre rencontre du mois d’août, où chacune et chacun a lu un texte choisi parce que ce texte, à ce moment-là, le portait.

Parce que nous sommes issus de sensibilités diverses, nous avons voulu expérimenter un rassemblement spirituel qui sorte des sentiers battus et qui se mette à la hauteur du besoin spirituel de chacun. Dans ce rassemblement, nous avons voulu que le partage ne soit pas celui du pain et du vin, mais l’échange, le dialogue, l’écho de la foi de chacun, de la spiritualité issue de notre histoire, de notre vie intérieure, mais aussi dialogue, partage, écho de nos préoccupations, de nos interrogations, de notre amour des femmes et des hommes, de celles et ceux qui nous sont lointains mais si proches ; qui nous sont proches mais si lointains parfois.

Voilà, nous avons voulu nous retrouver en écho, en communion, en résonance, avec ce qui constitue la vie du monde, de la nature, de l’humanité – chacune et chacun, avec ses mots, sa méditation ou sa prière. C’est ce « Nous » qui est le Pain ; c’est ce « Nous » qui est le vin.

Bien sûr, tout n’a pas été réussi. Il aurait fallu, je pense, que nous soyons dans un lieu où le recueillement et le silence soient plus respectés et possibles. Mais ce qui a été réussi c’est que ce rassemblement spirituel a permis à toutes et tous d’être bien, à l’aise, en communion (...).
 



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Seul le laïc peut être chrétien car il manque de tout appui, c’est un dépouillement inouï.
 



   Deux lettres de M. Fortuny, l’édtieur catalan de Louis Évely


... extrait du Bulletin n°9 (janvier 2013) ...
 



Voici un témoignage poignant sur un moment qui a été crucial pour Louis : son retour à l’état laïc "pour pouvoir témoigner de l’Évangile en toute liberté". On trouverait également, dans le dernier livre rédigé par Mary, 'Louis Évely, l’Itinéraire d’un croyant fidèle et libéré' (autoédité, 2011), un écho de ces mois difficiles à vivre.

"Je comprends la tristesse de beaucoup en apprenant la réduction à l'état laïc de notre ami Louis Évely, mais je ne la partage en aucune façon. Je désirais même qu'arrive enfin ce moment – aussi bien pour Louis lui même, que pour l'efficacité de sa parole. Sa voix arrivera maintenant beaucoup plus loin et atteindra des niveaux beaucoup plus profonds."(lettre du 19 décembre 1968)

"Je ne sais rien de notre ami [...]. J'imagine que ces mois auront été très durs pour lui. L'orgueil de ceux qui se croient "dans le bon chemin", "qui possèdent la vérité", "les élus du Seigneur" est sans limite.

Avez-vous vu comment a parlé le pape aux membres de la Rote et de la commission de réforme du droit canon ? Je ne sais pas si le texte de son discours qu’on a publié est exact et fidèle. Mais je le suppose, car il a beaucoup de ressemblance avec Humanae Vitae . Je comprends l'inquiétude du pape. Selon le Times, trente-huit théologiens renommés lui ont adressé une demande pour qu'il accorde une Carta magna de la liberté intellectuelle dans l'Église. Le document a été rédigé par Küng, Schillebeeckx, Congar, etc. Les marxistes parlent de "l'aliénation religieuse" ; je crois que rarement nous avons pu suivre le cours ascendant d'une "aliénation religieuse" aussi accusée qu'avec le pape Paul VI. Parce que le problème dont il est débattu aujourd'hui ne s'appuie pas sur les défauts ou erreurs dont peut souffrir la hiérarchie, ou, concrètement le pape. Ce qui est radicalement mis en cause, c’est ce que nous pourrions appeler la "structure spirituelle", les "suppositions" sur lesquelles s'appuient les relations humaines dans la société ecclésiale. Paul VI réagit en faisant état de son autorité, et il ne voit pas que c'est précisément son autorité qui est mise en cause. Les théologiens réclament en réalité une liberté que, de fait, ils ont déjà prise pour leur compte, comme H. Küng. J'espère et je désire de tout coeur qu'ils ne se taisent pas, mais même s'ils se taisaient, ils ne cesseraient pas de croire ce qu'ils croient, parce qu'il n'y a pas de pape qui puisse faire taire l'Esprit qui gémit et pleure dans le cœur des hommes libres.

Je sais que notre ami [Louis Évely] souffre : toute ascension est douloureuse, et s'élever au laïcat, se maintenir dans le laïcat, être intégralement laïc est douloureux. Seul le laïc peut être chrétien car il manque de tout appui, c'est un dépouillement inouï. Le laïc vit de son espérance dans la désespérance. C'est cela, «perdre la vie» selon les paroles du Christ . Et la vie qui se gagne en perdant la vie, c'est la vie qui se trouve derrière la croix, derrière le voile déchiré du Temple, derrière le soleil obscurci , derrière l'épouvante atroce de l'inommé, du désert." (lettre du 5 février 1969)
 



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Pourquoi vous adresser à moi ? C’est à vous de réfléchir et d’agir.
 



   Un texte de Roger Parmentier


... extrait du Bulletin n°9 (janvier 2013) ...
 



Le Pasteur Roger Parmentier, 94 ans, avait fait une forte impression aux participants à la session de l’Aube, au mois d’août 2012. Il est décédé au mois de septembre de la même année. Le texte ci-dessous est bien accordé à un thème qui était cher à Louis :

Ayant entendu leurs prières et spécialement leurs prières dites d'intercession en faveur des humains en détresse, "Dieu" leur répondit :

Chers enfants, il me semble que vous avez beaucoup de toupet ! Vous me demandez de faire ce qui est justement de votre propre responsabilité. C’est un comble ! Vous me demandez d'établir la paix sur la terre et la justice, de prendre soin des malades, de secourir les torturés, de donner leur pain quotidien (et l'eau potable) à ceux qui souffrent de famine, de donner un bon cœur aux enfants et aux adolescents, la générosité et la sérénité aux vieillards, du courage et de la détermination avisée aux responsables politiques, de délivrer les prisonniers, de ramener chez eux les exilés ... et beaucoup d'autres choses semblables.

Mais tout cela, c'est votre plan de travail, la mission que je vous ai confiée ! Pourquoi vous adresser à moi ? C’est à vous de réfléchir et d'agir. Pourquoi pas me demander aussi de réparer le robinet qui fuit, de changer une ampoule ou le pneu crevé ?

Si j'ai bien compris vos théories sur la création du genre humain (qui m'ont beaucoup amusé), ce serait moi qui vous aurait tout donné : une grande intelligence (que vous laissez souvent ou chômage), un cœur compatissant (idem), l'esprit d'entreprise, une conscience sensible aux détresses, des mains et des bras pour agir, et tout le reste… et qu'en faites-vous ? Et vous me demandez d'intervenir ?

Dans ma grande sagesse, je sais bien que toutes ces demandes sont inspirées par de bons sentiments, de bonnes intentions ... Mais vous savez bien que ça ne suffit pas. D'ailleurs vous dites vous-même que "l'enfer en est pavé" (je ne sais toujours pas ce que vous appelez l'enfer – à moins que ce soit ce que vous organisez pour beaucoup sur la terre ?).

Tout cela, je vous envoie régulièrement des prophètes pour vous le rappeler... Qu'en faites-vous à part les éliminer ?

Allez, un peu de courage spirituel, je vous en prie (chacun son tour !)

Pour copie conforme, le plus petit des secrétaires :

Roger Parmentier


 



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Le plus grand dénominateur commun est le message de Jésus de Nazareth
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°8 (juin 2012) ...
 



Au fil des ans, je pense que nos groupes sont devenus de vraies communautés où chacune et chacun vient se ressourcer, où il peut dire en toute liberté, sans jugement, « sa foi » et repartir dans nos vies respectives au sein de l’humanité.
Si pour des raisons personnelles, je ne m’inquiète guère de l’avenir des Églises, je me soucie de la transmission des valeurs évangéliques, du message de Jésus. Cela passe par l’initiation, l’exemple et explication que beaucoup de choses ne sont pas des vérités révélées mais à découvrir, à connaître, à comprendre, à vivre à travers des symboles que nous propose la lecture des évangiles. Il nous faut sans cesse déchiffrer, travailler, lire à la lumière de nos vies, de nos expériences. En ce sens, ce bouquet de « Notre Père » qui nous est offert dans ce numéro est une véritable œuvre de transmission et d’initiation.
Dans la même veine, quelle bonne idée a eu Michel BARLOW d’avoir proposé que la rédaction en chef de notre bulletin soit tournante, sous la responsabilité d’un groupe à l’autre. Quelle diversité ! Quelle nouvelle tonalité de ton ! Voilà qui préfigure comment pourrait être la gouvernance des communautés : responsabilité tournante, tant au niveau matériel qu’au niveau proposition de réflexion, de recherche théologique….
Je pense que la diaspora chrétienne appelée de ses vœux par Christian TERRAS passe par ces multiples communautés qui vivent de l’Évangile. Je rêve d’une confédération de ces communautés dans le respect de leurs démarches, quels que soit leurs rites, leurs racines historiques. Où le plus grand dénominateur commun est le message de Jésus de Nazareth. Car enfin quelle est cette réticence, cette gêne que nous avons de nous arrêter quelques temps sur son message sans vouloir le diviniser à jamais. Comme dirait Louis Évely : Qu’est que c’est qui nous est insupportable dans son humanité, son exigence du vivre ensemble ?

 



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Que de chemins différents et néanmoins tendus vers le même but
 



   Mon Notre Père


... extrait du Bulletin n°8 (juin 2012) ...
 



Écrire un Notre Père à soi n’a rien d’évident. Il y a plusieurs raisons à cela : ce texte est sacré…, je ne pourrai jamais…, c’est trop immense…, impossible de faire mieux que Jésus…, je ne suis pas écrivain comme vous…, je suis bien avec celui qui existe…, etc. Ces freins, nous y avons tous touché à un moment ou l’autre.
Pourtant, la vraie difficulté ne réside-t-elle pas dans l’indicible de notre foi ? Il y a une fragilité fondamentale en nous qui nait de la rencontre des contraires que sont notre espérance et notre doute. Pareils à des funambules, nous oscillons sans cesse de l’une à l’autre dans la recherche de la position définitive que nous ne trouvons jamais, sous peine de tomber. D’aucuns se trouvent plus habiles à ce jeu que d’autres mais l’épreuve est néanmoins la même pour tous.
Un autre obstacle à franchir est celui de l’expression des sentiments que nous procure le contact avec le divin. Comment décrire les pas d’ouverture, d’accueil et de confiance que cela implique, avec des mots qui sonnent justes et dans lesquels nous nous reconnaissions pleinement ? Aucune rhétorique, aucun traité, ni rien d’argumenté ne se satisfont de telles exigences. Seuls les symboles, les images, la musique et nos émotions peuvent exprimer par touches délicates et souvent éphémères ce qui nous habite au plus profond.
L’expression des différents « Notre Père » que vous allez lire reflète donc tout cela, pêle-mêle, comme chacun l’a pu, parfois même sans que le "Père" soit cité. Mais tous sont des prières au vrai sens du terme car ils contiennent ce que toute prière contient, quel que soit le socle de notre foi personnelle :
- la mise en présence du mystère de notre existence,
- l’interrogation auquel il nous éveille,
- l’espérance que son évocation suscite en nous,
- la prise de conscience de notre précarité et de nos limites,
- notre reconnaissance et notre émerveillement devant ses manifestations.
Ces compositions – que nous avons voulu anonymes parce qu’il n’est d’aucune importance de savoir qui en sont les auteurs – nous nous les sommes lues en groupe dans un silence quasi religieux. Chacun ressentait la fragilité de celle ou de celui qui se livrait. Il ne reste qu’à se taire quand on reçoit ce qui constitue le plus intime de l’autre. Nul besoin d’en débattre. Simplement laisser descendre en soi ce que nous avons entendu, autant pour s’en laisser pénétrer que par respect vis-à-vis de l’émotion de celui ou celle qui se livrait. Moments d’une intensité surprenante et bienfaisante à la fois. Moments propres aussi à sceller une proximité particulière entre ceux qui s’écoutent vraiment.
 



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Le rêve d’une Église selon mon cœur : d’une Église "compagnonne"
 



   Un entretien avec Michel Barlow


... extrait du Bulletin n°8 (juin 2012) ...
 



Philippe Ronsse : Michel, au cours de notre assemblée générale en Avignon, en décembre dernier, je t’ai entendu dire que tu venais de passer de l’Église catholique à l’Église réformée. Crois-tu le moment venu de faire part de cette expérience ? Je crois que cela aurait du sens, parce que cela nous rejoint tous dans notre démarche "évelynienne" de recherche, d’ouverture et de partage...
Michel Barlow : Je ne sais pas s'il est souhaitable d'insérer dans le bulletin mon témoignage de "nouvel-ancien protestant" ! Nouveau, parce que j'appartiens à une paroisse réformée depuis moins d'un an ; ancien, parce que j'ai beaucoup travaillé Luther et Calvin depuis cinquante ans, notamment dans le cadre de mes études de théologie. Mes professeurs constataient souvent que je raisonnais plus en protestant qu’en catholique romain ; mais certains de mes condisciples prenaient fort mal mon péché d’hérésie ! Heureusement que les bûchers de l’inquisition n’étaient plus à la mode !
Ceci dit, est-il bon d’en parler ici ? Il me semble important que l’association Transmission conserve son caractère "pluriconfessionnel" : il y a parmi nous des catholiques et des protestants, plus ou moins à l’aise dans leur Église, ou qui se situent en retrait, "sur le parvis" ... ou encore qui fuient le plus loin possible – et tous vivent en bonne intelligence. Pas question donc de faire ici du prosélytisme pour telle ou telle boutique confessionnelle !
Philippe Ronsse : Je pense que ton choix n’est pas sans lien avec la pensée d’ÉVELY, dans la mesure où celle-ci a nourri ton cheminement. Louis ne doit pas être tout à fait étranger à l’espérance que tu fais vivre en toi à travers cette décision. C’est précisément cette espérance qui réveillera (éventuellement) celle d’autres que toi. Savoir que l’on n’est pas seul à espérer nous nourrit, surtout quand on voit des personnes que leur espérance fait bouger, que l’aboutissement soit heureux ou non ...
Michel Barlow : C’est vrai que, depuis l’adolescence, l’œuvre de Louis ÉVELY accompagne ma prière, mon action et ma réflexion de théologien amateur, et ce sont les trois qui m’ont amené à émigrer vers l’ "Église protestante de France" – c’est ainsi qu’on l’appellera dans quelques mois après la fusion de l’Église réformée et de l’Église luthérienne. Oui, c’est vrai : il est très probable que l’élan spirituel donné par Louis Évely depuis tant d’années n’est pas étranger à cette décision qui n’a pas été facile à prendre, comme on peut l’imaginer !
Après sa "promotion à l’état laïc", comme il disait, Louis ÉVELY conseillait souvent à ceux qui lui confiaient leur malaise dans l’institution de ne pas changer d’Église autant qu’ils le pouvaient. Mais dans certains cas, je l’ai éprouvé l’an dernier, ce n’est plus possible sans mentir à soi-même et aux autres. Il faut trancher, si l’on veut être honnête. Et c’est ce que j’ai fait, après un long temps de silence, de réflexion, de prière.
En faisant le bilan de mes désaccords avec l’Église de Rome et de mes déceptions, j’en ai comptabilisé 95 : autant que les fameuses "thèses" de Luther contre les indulgences, qui ont donné le coup d’envoi à la Réforme ! (La revue Golias devrait publier bientôt toutes ces "indignations", pour reprendre un mot à la mode !) Mais au cours de ma longue retraite spirituelle pour préparer ma décision, je ne me suis pas contenté de cogiter et de prier, "j’ai fait un rêve" comme Martin Luther King, dans son fameux discours à Washington – le rêve d’une Église selon mon cœur : d’une Église "compagnonne" qui accompagne notre recherche de Dieu, au lieu de l’enfermer dans un carcan ; d’une Église modeste dans ses affirmations, ouverte et tolérante ...
Mon rêve deviendra-t-il réalité ? En tout cas, il n'est pas sans analogie avec les rêves de Louis ÉVELY dans Si l’Église ne meurt et dans Échec et espoir d’un christianisme : des livres qui mettent en chemin !
Henri Bouyol : J’ajoute une question à l’interview : peux-tu nous expliquer, Michel, pourquoi tu ressens ce besoin impérieux, cette nécessité de rejoindre une autre Église, d'adhérer à une autre communauté ?
Michel Barlow : La réponse est dans la 2e aux Corinthiens 3, 18 ! Ce n’est pas un discours de théologien (ou de docteur de la Loi !) de parler ainsi : c’est la matière presque quotidienne de ma prière. Traduction personnelle du verset : « Chaque chrétien reflète à sa façon le visage du Christ et il est transformé peu à peu par ce reflet pour devenir de plus en plus en plus ressemblant à son Seigneur. » Mais on peut prolonger l’image : ces reflets individuels se répondent l’un à l’autre, se renforcent et s’affinent… comme dans un télescope !
Certains croyants (et il en est qui sont très proches de moi !) sont capables d’être chrétiens tout seuls, de trouver par eux-mêmes le reflet du Christ le plus éclatant. Moi – je dois être myope aussi sur ce registre ! – j’ai besoin que d’autres reflets me renvoient leur image du Christ, pour que j’arrive à affiner le mien. Pour beaucoup d’entre nous, le "reflet Évely" a été déterminant dans ce jeu de miroirs qu’on appelle communément une Église.
 



        *        *        *        *        *
La prodigieuse originalité de l'évangile nous tourne vers les hommes
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°7 (janvier 2012) ...
 



Plusieurs points de vue me viennent à l’esprit à propos de notre dernière rencontre :

La tenue des rencontres est importante. Elle nous permet de revisiter l’oeuvre de Louis, l’Évangile et notre foi. Ce qui est prodigieux, nous dit Michel Barlow, c’est de mesurer les différentes sensibilités au sein de notre association, de nous enrichir mutuellement sans que ce mélange soit détonant ! Oui, Michel, C’est la force de notre association ! Nous nous réunissons dans le respect de chacun, de sa foi. Ce que nous avons en commun, je l’ai déjà dit, c’est notre démarche commune de recherche et la volonté de partager nos expériences.

Une réunion intelligente, me dit un autre participant. Merci pour ce moment de liberté, de respiration pure que tes amis et toi avez su nous donner lors de cette rencontre.

La venue de Christian Terras de la revue Golias était importante : outre qu’elle nous apporte un vent extérieur, elle symbolise aussi notre lien avec d’autres associations, d’autres lieux : le Parvis, le Courrier Jonas, la Libre pensée chrétienne de Belgique. Je pourrais en citer bien d’autres.

C’est ce que Christian Terras appelle si justement la "diaspora chrétienne". Nous nous devons de la faire vivre et je pense que Transmission apporte sa pierre à l’édifice de cette faible flamme d’un christianisme à l’orée des Églises et des mouvements chrétiens.

Enfin, ces rencontres que nous allons continuer à promouvoir et à organiser, sont l’occasion de publier des témoignages, des recherches, et surtout faire connaître l’expérience spirituelle issue de notre attachement à Jésus.
 



        *        *        *        *        *
Rien n'est plus étranger à Dieu que ces démonstrations de force du miracle
 



   Lire et relire les textes de Louis Évely


... extrait du Bulletin n°7 (janvier 2012) ...
 



"L'Evangile sans mythes" (1970)

À propos du miracle :

- Il est inutile : "Dans l’explication scientifique du monde, tout fonctionne apparemment sans Dieu. Le miracle semble une survivance de l’explication préscientifique."

- Il est néfaste : "Les partisans du miracle prétendent démontrer l’origine divine de la Révélation par des faits physiques extérieurs à cette Révélation, comme s’ils désespéraient du caractère divin de la Révélation elle-même. Mais Dieu se manifeste-t-il par la vérité inépuisable de ce qu’il dit ou par les coups de force dont il scanderait sa communication ?"

- Il donne une fausse image de Dieu : "Il nous gêne que Dieu interrompe le cours des lois naturelles par des interventions imprévisibles. Car s’il s’agit de façon arbitraire, que reste-t-il de notre liberté et de notre responsabilité ? Et si c’est par bonté qu’il fait des miracles, pourquoi ne le fait-il pas toujours ?"

- C’est une méconnaissance du langage biblique : "Chaque époque se représente le surnaturel à sa façon ; mais nous sommes plus naïfs que les anciens [les croyants de l’Ancien Testament] en confondant l’idée avec son expression. Ils usaient d’un langage symbolique et seraient bien surpris de voir que nous prenons à la lettre des images qui constituaient un langage codé, fourni par la tradition : nuée, ange, démon"

[...]

Mais alors, qu’est-ce que croire ?

- "Une foi qui ne se pose pas de question, une foi qui n’est pas capable de porter ses questions n’est pas une foi. Croire, c’est avoir assez de lumière pour porter ses obscurités." (p.12-13)

- "Pour nous, la vérité existe, […] car toute la fonction de l’intelligence est de chercher le vrai, […] mais elle n’est jamais possédée ("J’ai la foi, j’ai la vérité !"), elle est visée, […] jamais acquise dans les termes qui l’expriment ou dans l’esprit qui s’en instruit." (p.19)

- "Certes, il faut respecter l'essence du dogme ; mais le seul vrai respect est l’invention juste. Il faut créer de nouvelles formules qui dispensent à nos contemporains les mêmes richesses de sens que nos ancêtres trouvaient dans les formules traditionnelles, et que nous n'y trouvons plus." (p.18)
 



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Lettre à mon évêque
 



   Un inédit de Louis Évely


... extrait du Bulletin n°7 (janvier 2012) ...
 



Lorsqu’il écrit cette lettre, Louis est encore prêtre, il ne demandera sa "réduction à l’état laïc" (selon le vocabulaire très clérical qui avait encore cours à l’époque) qu’un an plus tard. Il vit alors comme résident à l’Abbaye trappiste d’Aiguebelle (Drôme) et dépend donc de la juridiction de l’évêque de Valence. C’est sans doute à celui-ci que s’adresse ce courrier.

[...]

Monseigneur,

Votre lettre était si aimable qu'au premier moment, j'ai été tenté de vous exprimer seulement ma gratitude, et de ne rien ajouter qui puisse vous causer déplaisir.

Mais elle mérite certainement mieux que cela, et je réponds à votre proposition de dialogue en vous parlant en toute franchise.

Faut-il entretenir la "confiance filiale" des fidèles envers la hiérarchie ? Rien ne me semble plus urgent que d'éclaircir et de préciser quelle sorte de foi, de confiance et d'obéissance est due par les fidèles aux différentes interventions de la hiérarchie. Nous avons longtemps fait croire au peuple chrétien que sa foi en Dieu se confondait avec sa foi en ses supérieurs. D'où l'immense malaise et inquiétudes actuelles : les fidèles s'aperçoivent et s'apercevront de plus en plus que la hiérarchie s'est trompée, les a égarés, a présenté des choses comme essentielles, alors qu'elles étaient accessoires, et même risibles. Elle a inventé des péchés mortels par pharisianisme1, elle a laissé se corrompre la liturgie, a endormi et déchargé les chrétiens de leurs responsabilités, a adopté un style ecclésiastique de vie et de gouvernement qui rappelle plus l'empire romain que le Christ serviteur et pauvre. Elle a perdu le contact avec l'homme actuel, avec nos frères, avec tous nos contemporains qui risquent de perdre foi en Dieu, en ne perdant que foi en vous.... ou en nous, les prêtres.

Les réformes actuelles, je les approuve tout en les trouvant insuffisantes et superficielles. On commence par changer les "cérémonies", c'est-à-dire la liturgie, et dans la liturgie, on commence par changer la langue, avant de s'apercevoir que ce sont les textes et les prières eux-mêmes qui sont païens, et que ce sont eux qu’il faudrait changer. Bientôt on s'apercevra que faire des cérémonies communautaires avec un peuple individualiste est un mensonge de plus, et, qu'il faudrait imiter le Christ qui a mis trois ans à créer une communauté – alors que nous, prêtres, nous célébrons 365 messes par an sur des absences de communauté ! Tout cela a comme premier résultat de déconcerter et de désabuser les chrétiens, alors qu'on leur a trop appris que l'Église, c'est-à-dire leurs supérieurs, était infaillible.

Ces réformes, Monseigneur, vos fils et vos filles, ont expérimenté que vous, évêques, aviez eu bien besoin d'eux pour vous en persuader et les accepter, alors que la plupart d'entre vous n'en aviez pas vu ni la justification ni l'urgence.

Et vous avez encore bien besoin d'eux pour poursuivre ces réformes, car, pour une fois, le mouvement est lancé, tout le monde sort du sommeil de la confiance aveugle dans laquelle la hiérarchie nous avait tenus. Le peuple se met à réfléchir, et ne voit plus de limites aux initiatives à prendre.

 



        *        *        *        *        *
Osons remettre vigoureusement en question nos conceptions de Dieu et de nous-mêmes
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°6 (septembre 2011) ...
 



Mon ami le pasteur Roger Parmentier revient dans ses livres (je reprendrai cela dans un article du prochain bulletin) sur Jésus simplement homme et prophète, et il pense, comme beaucoup, que Jésus n’est pas Fils de Dieu, ni ressuscité, ni le Christ. Il ne se dit plus chrétien, mais compagnon de Jésus, ne va plus au culte, mais suscite des rassemblements pour l’Évangile. Au-delà des mots, c’est vouloir vivifier notre foi et surtout penser par nous-mêmes, comme nous le dit Louis Évely dans un article paru dans Échanges d’octobre 1984 : "Que penses-tu toi-même ? As-tu un avis personnel sur la question ? Qui suis-je pour toi et qu’est que je fais dans ta vie ? On ne nous demande pas des réponses théologiques, car il y a quelque chose de bien pire que de ne pas connaître Jésus, c’est de croire qu’on le connaît !"

Louis continue : "À quoi bon te dire qui je suis ? Je ne serai jamais pour toi que ce que tu auras été capable de percevoir de moi, ce que tu auras laissé, de moi, pénétrer et germer en toi. Tu ne connaîtras de moi que ce que tu en vivras. Tu ne connaîtras jamais ce que tu n’es pas ! Osons remettre vigoureusement, douloureusement en question nos conceptions de Dieu, de Jésus et de nous-mêmes. Les titres que les gens, les Églises, donnaient et donnent de Jésus sont fallacieux : ils peuvent nous dispenser de suivre Jésus à la profondeur où il vit et où il nous invite à vivre comme lui."

Louis nous invite à aller encore plus loin : les titres sont sans importance. On ne comprend que ceux à qui l’on ressemble. On ne connaît des autres que ce qu’on reconnaît parce qu’on le portait déjà en soi d’une certaine façon. Nous ne connaîtrons de Jésus que ce qui, de lui, sera devenu vivant en nous. Nous ne connaîtrons que le Jésus que nous serons devenus.

Encore une fois, Louis nous interpelle nous-mêmes. C’est ce que j’aime en lui, dans ses livres, ses conférences. En nous parlant de ce que Jésus est devenu en lui, il nous parle de son coeur, de ses tripes, de ses ressentis, de son expérience et en appelle à dire la nôtre, à la partager, à la confronter. Ce qui nous est commun à toutes et à tous, c’est notre démarche spirituelle, c’est notre héritage religieux venu du christianisme (protestant ou catholique) mais j’ose croire, j’ose espérer, quelle que soit notre foi – que Jésus soit pour nous Jésus-Christ ou Jésus de Nazareth – que ce qui fait notre dénominateur commun c’est notre foi en Jésus.
 



        *        *        *        *        *
Je n’ai ni or ni argent, mais ce que j’ai, je te le donne
 



   


... extrait du Bulletin n°6 (septembre 2011) ...
 



Un Catéchisme protestant d’Antoine Nouis, qui a connu récemment une nouvelle édition augmentée (704 p., 29 € Éditions Olivétan, Lyon www.editions-olivetan.com ), a ces belles citations de Louis (p. 107 et 472 de la 1e édition) :
"Le vrai motif de la foi en Jésus, ce ne sont pas ses miracles, sa sagesse ou sa vertu ; c’est que ses paroles m’introduisent à ma vérité, me révèlent à moi-même, retentissent en moi comme si elles surgissaient du dedans. Je vérifie en moi leur justesse à mesure qu’elles se prononcent et je les reconnais sans les avoir jamais entendues. Personne ne m’a parlé comme cet homme !"
"Dans les Actes des apôtres, il y a un passage magnifique : Pierre, à la Porte du Temple, rencontre un boiteux qui lui demande l’aumône et qui tend la main, s’attendant à ce que Pierre lui donne quelque chose. Et Pierre lui dit : ‘Je n’ai ni or ni argent, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche !’ (Ac. 3,6) Comprenez : quand l’Église n’a ni or ni argent, elle met l’humanité debout, elle a un souffle révolutionnaire."
 



        *        *        *        *        *
Quand écrirons-nous l’Évangile d’aujourd’hui ?
 



   Un inédit de Louis Évely


... extrait du Bulletin n°6 (septembre 2011) ...
 



Il faut désacraliser l’Écriture

Ce texte est placé en avant-propos du livre de Louis Une lecture libre et audacieuse de l’Évangile de Jean (recueil d’inédits composé par Michel Barlow – chez lui, 10 € franco).

Il nous faut désacraliser l’Écriture. Elle est devenue un musée, un monument à visiter sur la pointe des pieds et pour lequel on a tant de respect qu’au lieu de l’habiter, au lieu de se l’approprier, on ne le fréquente même plus, on n’ose plus s’en servir, tant on le sert !

Les docteurs, les savants, les théologiens se sont emparés de ce qui appartenait à tous et en défendent les abords. Un simple chrétien se juge incompétent, n’ose pas se croire capable de comprendre, et pense que la seule attitude qui lui convienne est la soumission envers les maîtres. Or, l’Écriture est au service de l’homme, et non l’homme au service de l’Écriture. Si Dieu nous parle, c’est parce qu’il nous croit capable de l’entendre.

L’Écriture est faite pour les simples, pour les pauvres, pour les petits. L’extraordinaire de l’Église primitive, c’est que Jésus, les évangélistes, les apôtres sont "des analphabètes, des illettrés" ("agrammatoï kai idiotaï"), des hommes qui n’ont pas étudié les Écritures (Actes des apôtres 4, 13). Et cependant, ils osent se servir des textes bibliques pour exprimer ce qu’ils ont dans le coeur, leur expérience de vie. Et ils s’en servent très librement, avec des citations inexactes et des coupures quand le texte ne leur convient pas !

Le même phénomène s’est produit à la Réforme : les gens du peuple, les gens simples ont reconquis les Écritures et les ont revivifiées, en osant se croire inspirés du même Esprit qui les avait produites.

L’Écriture devrait nous faire parler (« la bouche parle de l’abondance du coeur ») et elle nous fait taire ! Au lieu d’inventer notre histoire sainte, en continuant celle du passé, nous ne sommes plus que des consommateurs de la Parole. Quand écrirons-nous l’Évangile d’aujourd’hui ?
 



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Nous sommes invités par Louis Évely à vérifier notre foi et à inventer
 



   Le point de vue du président (Henri Bouyol)


... extrait du Bulletin n°5 (juin 2011) ...
 



Je retiens de nos différents débats quelques pistes de travail pour l’avenir de notre association, dans l’esprit de Louis : "Les chrétiens, disait-il, doivent apprendre à vivre en société pluraliste et à se reconnaître mutuellement fidèles à l’Évangile, même s’ils en tirent des formulations et des comportements différents."

1) Il faut créer ! Il faut réinterpréter l’Évangile ! Proposition est faite dans ce bulletin (v. p. 19) de réécrire, chacune et chacun, "le Notre Père". Louis en a écrit plusieurs. Le groupe de Genève a proposé à ses membres de le faire également. Le résultat : une expérience intéressante et un travail émouvant. Nous vous invitons au travail ! Le "Notre père" n’est pas exclusif. Vous pouvez choisir de réécrire un autre passage de l’Évangile.

2) Lors de ma conférence aux journées de l’Aube, un débat a eu lieu sur la nature de Jésus. Jésus de Nazareth ou Jésus-Christ ? Le débat doit continuer. Non dans une idée de confrontation, mais parce que nous sommes tous invités à dire notre foi. Aussi je propose un deuxième axe de travail autour de la question de Jésus à Pierre : "Et toi, qui dis-tu que je suis ?" (Matthieu 16, 15-16)

3) Nous sommes souvent désarmés quand nous devons avoir une expression commune de la foi, de la prière, car nous avons la volonté de respecter chacune et chacun dans son parcours spirituel. Nous sommes tellement différents ! Retrouvez ce débat, pages 132-134 dans les actes de la session à L’Aube, que je vous invite à vous procurer, car Michel Barlow a fait un remarquable travail de transcription dans la fidélité et la précision. Qu’il en soit ici remercié de tout coeur !

4) Nous sommes invités par Louis Évely à vérifier notre foi et à inventer, je ne le dirai jamais assez. Nous sommes toutes et tous porteurs de cette question : un autre christianisme est-il possible ? Nos groupes locaux, notre réflexion commune, la fidélité aux idées neuves de Louis apportent une première réponse. Nous devons continuer à proposer une autre image de la vie spirituelle.
 



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Dans le domaine spirituel, il n’y a ni rentiers, ni mendiants, il n’y a que des travailleurs
 



   Un texte à méditer


... extrait du Bulletin n°5 (juin 2011) ...
 



Dans le n°4 d’Échanges, en juin 1978, Louis nous propose quatre points pour vérifier la qualité de sa foi :

1) "La première foi, la foi fondamentale est la foi en soi : croire que nous sommes capables de percevoir le réel, d’approcher de la vérité. Croire que notre réflexion sur l’expérience et notre sens intime sont capables de saisir quelque chose du réel, s’ils fonctionnent dans de bonnes conditions : calme, expérience, réflexion, contrôle, écoute des autres.

2) "Il n’y a que toi pour penser ce que tu penses. Lapalissade ? Pas tellement. Personne ne peut penser pour toi. Tu ne penses pas la pensée des autres, pas plus que tu ne sens leurs sensations. La vérité n’est pas ce qui sort de la bouche des autres, mais ce qui est entré dans ta tête : dans le domaine spirituel, il n’y a ni rentiers, ni mendiants, il n’y a que des travailleurs.

3) "Il n’y a que toi pour croire ce que tu crois. "Je crois en Dieu, en Jésus, je crois en l’Évangile…" NON : tu crois à ce que tu as compris de ce que disent Jésus ou l’Évangile, et c’est parfois très peu de chose, et il n’y a que toi pour l’améliorer. Ne te fie pas à l’autorité d’une Église, d’un groupe, d’un homme …

4) "Il n’y a que nous pour juger si une parole nous parle. "Personne ne m’a parlé comme cet homme" (Jean 7, 46) : voilà le critère pratique de la vérité et la raison profonde de la foi. Personne ne m’a introduit en moi-même, personne comme Jésus ou d’autres ne m’a guidé dans ma dimension intérieure. Personne ne m’a mis en communication vraie avec moi, avec les autres, avec Dieu comme cet homme-là."
 



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Le Christ, pour nous, est un vrai homme
 



   Un inédit de Louis Évely


... extrait du Bulletin n°5 (juin 2011) ...
 



A l’occasion d’une rencontre du mouvement Chrétiens critiques, en septembre 1975, Louis Évely avait été amené à rédiger la conclusion d’un carrefour intitulé "Nouvelles formes d’existence". Tout en rendant compte du débat, il exprime dans cette page quelques-unes de ses convictions fortes.

Il n'y a pas d'existence "chrétienne", il n'y a qu'une existence humaine. Nous ne connaissons pas de vertu chrétienne qui ne soit une vertu humaine, ni de vertu humaine qui ne soit chrétienne. Le Christ ne nous a pas appris à être homme d'une façon particulière, mais d'une façon plénière.

Être chrétien, c'est être homme et le Christ, pour nous, est un vrai homme, et c'est en quoi il diffère tellement de nous !

L'Évangile fait-il autre chose que de nous révéler à nous-mêmes ?

Il n'y a pas de communauté chrétienne : ce serait une contradiction dans les termes, car le Christ n'a pas voulu créer des salières mais du levain. Les chrétiens ne doivent pas, ne doivent plus constituer des communautés de vie pour se dispenser de créer la communauté humaine et pour se consoler de la solitude et de l'hostilité qui règnent là où nous vivons, travaillons, aimons.

Il faut des célébrations de ces communautés humaines, au cours desquelles on réfléchit, creuse et fête cette vie commune.
 



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